Déménager à Alexandrie : le guide pas du tout parfait
bon, on va pas se mentir, quand j'ai dit à tout le monde que je m'installais à Alexandrie, les réactions étaient... variées. mon pote karim m'a dit vas-y fonce, ma voisine m'a regardé comme si j'avais perdu la tête, et ma mère a pleuré pendant trois jours. alexandrie, c'est pas le fantasme des guides touristiques. c'est bruyant, c'est chaotique, c'est magnifique d'une manière que t'arrives pas à expliquer à quelqu'un qui n'a jamais mis les pieds ici. cette ville te prend par le cou et te secoue, et quelque part entre le cinquième café turc et le premier embouteillage de ta vie, tu comprends que tu es exactement là où tu dois être. alors voilà, je mets tout ce que j'ai appris dans ce guide, sans prétention, sans filtre, juste la vérité brute de mon quotidien.
questions qu'on m'a posées cent fois
Q : peut-on vivre à alexandrie sans parler arabe ?
A : oui, mais tu vas survivre, pas vivre. le français marche dans certains quartiers, surtout à stanley et san stefano, mais pour les courses au souk ou les paperasses administratives, l'arabe est ta meilleure arme. j'ai galéré les trois premiers mois, et honnêtement, même un niveau basique change tout.
Q : c'est safe alexandrie honnêtement ?
A : oui, globalement c'est sûr. les gens sont bienveillants avec les étrangers, jamais eu de problème grave. par contre, les pickpockets existent dans les gares et les marchés bondés, et la nuit certaines rues sombres sont à éviter. un local m'a prévenu fais confiance à ton instinct, si un endroit te met mal à l'aise, détourne.
Q : le marché de l'emploi c'est comment ?
A : ça dépend énormément de ton domaine. le secteur du tourisme, de la tech et de l'éducation privée recrute pas mal. les salaires sont plus bas qu'au caire, mais le coût de la vie aussi. beaucoup de freelances travaillent pour des boîtes européennes depuis ici, le décalage horaire est gérable et la connexion internet tient la route.
la vraie vie ici
alexandrie c'est un bordel organisé. tu te lèves, tu marches trois rues, tu croises un vendeur de fèves, un chat qui te fixe avec dédain, un chauffeur de taxi qui klaxonne pour une raison inconnue, et une vieille dame qui sort son tabouret pour s'asseoir devant chez elle. la ville ne dort jamais vraiment, elle change juste de rythme. de jour c'est une fourmilière épuisante, de nuit c'est presque poétique, surtout sur la corniche quand la brume du matin se lève au-dessus de la méditerranée.
le centre historique est un labyrinthe. perdez-vous dans les rues de attarine et du souk, c'est le seul moyen de vraiment comprendre la ville. les mosquées, les églises, les synagogues coexistent dans un rayon de cinq cents mètres, et ça, ça vous fout une leçon de vie assez violente.
la bibliothèque d'alexandrie, la fameuse bibliotheca alexandrina, c'est pas qu'un bâtiment impressionnant. c'est un vrai centre culturel avec des expos, des conférences, un planetarium, et une vue mer à couper le souffle. j'y vais presque chaque semaine, parfois juste pour m'asseoir dans le café qui donne sur la baie et regarder les étudiants traverser la grande salle de lecture. c'est gratuit pour certaines expositions, et les prix des événements restent très accessibles.
le quartier de gianaclis et les abattoirs ont été transformés en centres d'art et de culture. si t'aimes le street art, les galeries indé et les cafés alternatifs, c'est là qu'il faut aller. c'est jeune, c'est vivant, et c'est encore assez underground pour pas que ça soit noyé de touristes.
signaux de réalité du quotidien
les gens ici te tutoient après deux minutes de conversation, c'est culturel et déstabilisant au début. j'ai entendu un chauffeur de taxi apprendre le prénom de mon voisin de siège et engager une conversation sur le mariage de sa fille en moins de trente secondes.
les chats d'alexandrie sont une espèce à part. ils sont partout, énormes, impériaux, et les habitants les nourrissent comme des rois. un local m'a dit un jour le chat est le vrai sultan de cette ville, et je crois que c'est pas une blague.
le son des appels à la prière se mêle aux klaxons et aux vendeurs ambulants, et au bout d'une semaine, ton cerveau arrête de distinguer les uns des autres, ça devient juste la bande-son de ta vie.
les marchés de poissons le matin au port de pêche de l'égypte sont une expérience brutale et magnifique. les prix sont décidés à la criée, les poissons sont encore vivants dans les bassins, et les chats attendent patiemment sous les étals.
le tramway jaune qui traverse le centre est le moyen de transport le plus vintage que j'aie jamais utilisé. les wagons datent des années cinquante, ça grince, ça tremble, et c'est absolument parfait.
dans les cafés traditionnels, les hommes jouent aux dominos et au backgammon pendant des heures. personne ne te dérange, tu peux rester avec un café pendant trois heures sans qu'on te demande de consommer autre chose.
le jour contre la nuit
alexandrie la journée c'est chaleur, bruit, mouvement permanent. la corniche est bondée de familles, de marchands, de gamins qui jouent au ballon. la mer brille mais le soleil tape dur, et tu comprends vite pourquoi les alexandrins font la sieste.
la nuit, tout change. la brume monte, les lumières du port se reflètent sur l'eau, les cafés s'animent avec des chanteurs locaux et des fumeurs de narguilé. c'est à ce moment-là que la ville montre son vrai visage, celui de la mélancolie méditerranéenne magnifique. sortir sur le pont de stanley à deux heures du matin est une expérience quasi mystique.
les règles sociales non écrites
le contact visuel est important ici. quand tu parles à quelqu'un, tu le regardes dans les yeux, c'est un signe de respect. esquiver le regard peut être mal interprété comme de l'arrogance ou de la peur.
la politesse passe par les salutations longues. on ne dit pas juste bonjour, on demande comment va la famille, la santé, le travail. sauter cette étape est perçu comme de l'impolitesse. dans les files d'attente, la notion de queue est... flexible. c'est pas de l'impolitesse, c'est un autre rapport au temps.
les voisins ici sont importants. t'installes dans un immeuble et dans les quarante-huit heures, tu connais toutes les familles de l'étage. on partage le sucre, le sel, et les ragots. refuser un café chez le voisin est un affront social majeur.
le tableau des prix réels
voilà ce que tu paies vraiment au quotidien. un café turc traditionnel dans un café local coûte environ 15 livres égyptiennes. une coupe de cheveux chez un coiffeur de quartier tourne autour de 100 livres égyptiennes. l'abonnement mensuel dans une salle de sport décente à stanley ou smouha tourne autour de 400 livres égyptiennes. pour un dîner romantique simple, un plat chacun et une bouteille de vin local, compte 500 livres égyptiennes pour deux. et un taxi du centre vers les palais de montaza te coûtera autour de 60 livres égyptiennes après négociation.
où mettre son argent
- un appartement d'une chambre à smouha ou à la victoire : entre 3000 et 5000 livres égyptiennes par mois selon l'état et l'étage
- un deux-pièces sur la corniche à stanley ou sidi bishr : entre 5000 et 8000 livres égyptiennes, ça monte vite si tu veux de la vue mer
- les charges mensuelles électricité, eau, internet ajoutent facilement 800 à 1200 livres égyptiennes
- les courses alimentaires pour une personne raisonnablement bien : autour de 1500 livres égyptiennes par mois
- le transport quotidien en taxi ou en tram reste imbattable, compte 300 à 500 livres égyptiennes par mois
météo et géographie, version honnête
alexandrie a un climat méditerranéen, ce qui en théorie sonne magnifique. en pratique, l'hiver de décembre à février est humide, venteux, et déprimant si tu viens du golfe ou du désert. la pluie n'est pas constante mais quand elle tombe, la ville s'inonde parce que le drainage est une catastrophe. l'été est chaud et étouffant, la brume marine remplace le soleil pendant des semaines, et l'humidité te fait transpirer en marchant du salon à la cuisine.
mais au printemps, entre mars et mai, alexandrie est absolument sublime. les températures sont douces, la mer est calme, le ciel se dégage et tu te souviens pourquoi tu es resté. le lac mariut au sud offre un contraste saisissant avec le bleu de la méditerranée juste à côté. les villes voisines comme le caire sont à deux heures trente de route si tu as besoin de la frénésie urbaine, et marsa matrouh sur la côte ouest est une escapade facile pour des week-ends de plage sauvage.
l'anti-mythologie obligatoire
on dit souvent qu'alexandrie est la ville la plus cosmopolite d'égypte, et c'est historiquement vrai. mais aujourd'hui, cette image est un peu nostalgique. la ville reste diverse et ouverte comparée au reste du pays, mais le cosmopolitisme du début du vingtième siècle est largement révolu. ce que tu trouves maintenant, c'est une ville égyptienne moderne avec une identité forte, pas un melting-pot méditerranéen fantasmé. les gens qui viennent chercher une alexandrie fantôme de lawrence d'arabe vont être déçus, et c'est tant mieux.
qui va regretter
les gens qui détestent le bruit vont souffrir ici. alexandrie sonne, en permanence, klaxons, appel à la prière, vendeurs de rue, chats qui se battent à trois heures du matin. si tu cherches le silence, va ailleurs.
ceux qui ont besoin de tout planifier et de tout contrôler vont aussi galérer. les horaires sont approximatifs, les rendez-vous sont des suggestions, et le concept de ponctualité est interprété très libéralement. c'est frustrant au début, puis tu lâches prise et c'est libérateur.
enfin, les personnes qui s'attendent à une infrastructure européenne vont déchanter. les routes sont en travaux perpétuels, le réseau électrique saisonnier, et le wifi public une aventure. ça s'améliore, mais doucement, très doucement.
alexandrie comparée
par rapport au caire, alexandrie est plus respirable, plus petite, plus décontractée. on respire ici, littéralement grâce à la mer. par rapport à tunis, elle est plus chaotique mais plus authentiquement elle-même, moins formatée pour les étrangers. et comparée à izmir en turquie, elles partagent cette énergie portuaire mélancolique, mais alexandrie a un poids historique que izmir peine parfois à assumer.
ce que j'ai compris en vivant ici
alexandrie ne se comprend pas, elle se subit. tu ne choisis pas de l'aimer, elle décide pour toi. un jour tu es en colère contre le chaos, le lendemain tu marches sur la corniche au coucher du soleil et tu comprends que tu ne partiras jamais. c'est une ville qui te transforme en contre ton gré.
le coût de la vie est si bas que tu peux te permettre de vivre sans stress financier, à condition de ne pas chercher à vivre comme en europe. le compromis est permanent, et c'est dans ce compromis que réside la vraie beauté de la chose.
les alexandrins ne te diront jamais que leur ville est belle. ils diront qu'elle est compliquée, qu'elle est sale parfois, qu'elle est injuste. mais si tu restes assez longtemps, tu entendras le même refrain un soir, au détour d'une rue ou d'un café enfumé, un alexandrin qui te regarde et te dit, en souriant, tu sais, cette ville est la seule qui m'a jamais rien pardonné.
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